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Emploi: les signaux repartent, les PME ajustent

Tax Manager · Fiduciaire Lausanne

Emploi: les signaux repartent, les PME ajustent

Le marché de l'emploi suisse envoie à nouveau quelques signaux positifs, sans pour autant effacer les tensions accumulées ces derniers mois. Les dernières indications disponibles pointent vers une légère reprise d'ici l'automne, tandis que le Secrétariat d'État à l'économie prépare une présentation des chiffres du chômage de juillet. Pour les PME, l'enjeu n'est pas seulement statistique: il touche directement les plans de recrutement, la masse salariale, l'organisation du travail et la trésorerie.

Dans un environnement où certains secteurs recommencent à prévoir des embauches et où d'autres restent à la peine, les dirigeants doivent éviter deux réflexes opposés: recruter trop vite sans visibilité, ou geler les postes alors que les compétences se raréfient. La bonne lecture du marché du travail devient un outil de gestion, au même titre qu'un budget de liquidités ou un tableau de marge.

Le SECO met les chiffres de juillet sous les projecteurs

Le SECO a annoncé qu'il présentera le jeudi 6 août 2026 les derniers chiffres du chômage en Suisse pour le mois de juillet. L'échange avec les médias est prévu de 9h00 à 9h45 par Microsoft Teams, selon l'invitation publiée par la Confédération. Ce rendez-vous doit aussi permettre de tirer un bilan après la phase d'hypercare liée à l'introduction du nouveau système informatique de paiement de l'assurance-chômage, SIPAC 2.0.

Pour une entreprise, ces données mensuelles ne servent pas uniquement à suivre l'état général de l'économie. Elles donnent des indices sur la disponibilité de la main-d'œuvre, la pression sur les salaires et le comportement des candidats. Un taux de chômage qui augmente peut élargir le bassin de recrutement dans certains métiers, mais il ne garantit pas que les profils recherchés soient disponibles. À l'inverse, une reprise des intentions d'embauche peut rapidement réactiver la concurrence entre employeurs, en particulier pour les fonctions techniques, commerciales ou administratives qualifiées.

Le dossier de recherche signale qu'en février 2026, le taux de chômage en Suisse s'établissait à 3,2%, soit une hausse de 0,3 point par rapport à l'année précédente. Cette évolution rappelle que le redémarrage reste fragile. Du point de vue d'une fiduciaire, cela plaide pour des budgets salariaux construits avec plusieurs scénarios: stabilisation des effectifs, remplacement partiel, embauche progressive ou recours temporaire à des ressources externes.

Le baromètre KOF suggère un mieux, mais pas un boom

Selon les éléments relayés par AWP et Zonebourse, le baromètre de l'emploi du KOF est monté à 2,1 points au troisième trimestre, après 1,6 point au deuxième trimestre, chiffre révisé. Le signal est positif, mais il reste mesuré. Les 4500 entreprises interrogées en juillet ont fait état d'une activité encore en recul: le sous-indicateur correspondant a glissé de 1,9 à 1,7 point. En revanche, les perspectives à trois mois se sont améliorées, avec un indicateur passé de 1,2 à 2,5 points.

Autrement dit, le présent reste contrasté, mais les employeurs interrogés regardent un peu moins sombrement les prochains mois. Le même relevé indique que les sociétés sont désormais plus nombreuses à envisager des créations d'emplois que des suppressions. Pour une PME, ce type d'indicateur doit être lu comme un signal d'anticipation, pas comme une garantie. Il peut justifier de rouvrir un poste clé, de relancer des entretiens mis en pause ou de préparer un cahier des charges, tout en gardant un contrôle strict sur le coût complet du poste.

Ce coût complet ne se limite pas au salaire brut. Il comprend les charges sociales de l'employeur, les assurances obligatoires, les éventuelles couvertures complémentaires, les frais de recrutement, le matériel, les licences informatiques, la formation et le temps d'encadrement. Une reprise modérée de l'emploi peut donc améliorer les perspectives commerciales tout en augmentant les sorties de trésorerie avant que le chiffre d'affaires supplémentaire ne soit encaissé. C'est souvent là que la planification avec la fiduciaire devient décisive: intégrer l'embauche dans un plan de trésorerie évite de confondre besoin opérationnel et capacité financière.

Commerce, industrie, construction: des signaux très inégaux

La reprise annoncée n'est pas uniforme. Le commerce de détail ressort comme l'un des points d'amélioration les plus visibles: son indicateur a rebondi de -3,1 à 2,9 points, repassant en territoire positif pour la première fois depuis le deuxième trimestre 2024, selon les données citées par Zonebourse. Le commerce de gros et l'industrie manufacturière affichent aussi une amélioration modeste, tandis que la construction reste vigoureuse en matière d'emploi. À l'inverse, la restauration demeure sous pression, avec un indicateur de l'emploi à -8,8 points.

Ces écarts sectoriels sont essentiels pour les PME. Une entreprise active dans le commerce ne fera pas les mêmes arbitrages qu'un restaurateur, un sous-traitant industriel ou une société de services. Là où les carnets de commandes se remplissent, la priorité peut être de sécuriser les compétences avant les concurrents. Là où la demande reste hésitante, il peut être plus prudent d'adapter les horaires, d'examiner les contrats existants ou d'organiser la polyvalence interne plutôt que d'alourdir durablement la masse salariale.

Les chiffres de l'emploi total vont dans le sens d'une progression, mais là aussi graduelle. Au premier trimestre 2026, la Suisse comptait 5,537 millions d'emplois, soit 26 100 postes de plus qu'à la même période de 2025, une hausse de 0,5%. Le secteur tertiaire a porté l'essentiel de cette croissance, avec 25 000 postes supplémentaires, soit +0,6%, pour atteindre 4,409 millions d'emplois. Les postes vacants ont augmenté de 5,0% par rapport à l'année précédente.

Pour les employeurs, davantage de postes vacants signifie souvent des délais de recrutement plus longs et des attentes plus élevées côté candidats. Il devient alors risqué de gérer les embauches dans l'urgence. Une PME qui attend le départ d'un collaborateur pour rédiger une annonce part avec un handicap. À l'inverse, une planification régulière des besoins, même simple, permet d'identifier les fonctions critiques, les doublons nécessaires et les tâches qui peuvent être automatisées, externalisées ou redistribuées.

L'intérim redevient une soupape pour tester la reprise

Le marché du travail temporaire offre un autre indicateur intéressant. Après douze trimestres consécutifs de baisse, les heures de mission dans l'intérim ont progressé de 1,3% au premier trimestre 2026, selon les données relayées par Organisator au sujet du Swiss Staffingindex. Dans une phase de reprise prudente, cette évolution est cohérente: les entreprises cherchent de la flexibilité avant de transformer un besoin ponctuel en poste fixe.

Pour une PME, l'intérim peut être utile lors d'un pic de commandes, d'un remplacement, d'un projet limité dans le temps ou d'une incertitude sur la demande. Mais il ne doit pas être traité comme une solution sans cadre. Les coûts doivent être comparés au coût complet d'un engagement fixe, les responsabilités de l'employeur doivent être clarifiées et l'intégration opérationnelle doit être organisée. Une mission temporaire mal préparée peut coûter cher si la personne n'a pas accès aux informations, aux outils ou aux consignes nécessaires.

La comptabilité et les salaires doivent également suivre. Les factures d'agences, les imputations par centre de coûts, les provisions éventuelles et le suivi des marges par projet permettent de savoir si cette flexibilité améliore réellement la rentabilité. Dans certains cas, le temporaire sécurise une opportunité commerciale; dans d'autres, il masque un sous-dimensionnement permanent de l'équipe. La différence se voit rarement dans le chiffre d'affaires seul: elle apparaît dans la marge, les heures supplémentaires, l'absentéisme et la qualité de service.

IA et compétences transversales changent les profils recherchés

La reprise de l'emploi ne signifie pas que les postes d'hier reviendront à l'identique. Le dossier de recherche relève que l'intelligence artificielle commence à influencer le marché, notamment dans les secteurs administratifs et technologiques, où une baisse des offres d'emploi a été observée. L'ampleur de cet effet reste incertaine, mais le signal mérite l'attention des dirigeants.

Dans une PME, l'IA se traduit souvent par des outils capables d'accélérer certaines tâches: tri d'informations, rédaction de brouillons, automatisation de contrôles, assistance au service client ou soutien à la gestion documentaire. Cela ne supprime pas nécessairement un poste, mais cela modifie le contenu du travail. Les collaborateurs doivent comprendre les outils, vérifier les résultats, protéger les données et garder le jugement professionnel. C'est pourquoi les compétences transversales prennent de l'importance: capacité d'analyse, collaboration, communication, adaptation et sens des priorités.

Des travaux cités dans le dossier, notamment ceux d'Adecco et de l'Université de Zurich, mettent en avant une demande croissante pour ces compétences. Pour une fiduciaire ou une PME, cela change la manière de recruter. Le diplôme et l'expérience technique restent importants, mais ils ne suffisent plus toujours. Un collaborateur capable d'apprendre, de documenter un processus, de coopérer avec plusieurs métiers et de remettre en question une routine peut créer davantage de valeur qu'un profil strictement spécialisé mais peu adaptable.

Sur le plan pratique, la formation continue devient une décision de gestion. Elle doit être budgétée, planifiée et reliée à des besoins concrets: digitalisation de la facturation, amélioration du reporting, sécurisation des données RH, automatisation de tâches répétitives ou meilleure coordination entre vente et administration. Avant de recruter, une entreprise peut aussi se demander si une montée en compétence interne répondrait au besoin avec moins de risque financier.

Le marché de l'emploi suisse semble donc entrer dans une phase moins défensive, mais encore sélective. Les chiffres attendus du SECO et les signaux du KOF aideront à affiner le diagnostic. Pour les PME, la réponse ne tient pas dans une consigne unique. Elle consiste à relier chaque décision RH à la trésorerie, aux marges, aux obligations d'employeur et aux compétences réellement nécessaires. Dans une reprise prudente, l'avantage ira aux entreprises qui préparent leurs recrutements avant l'urgence, sans perdre de vue le coût complet de chaque choix.

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