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Engager des talents étrangers sans rater l’AVS

Tax Manager · Fiduciaire Lausanne

Engager des talents étrangers sans rater l’AVS

Recruter un collaborateur étranger peut débloquer une croissance, remplacer une compétence rare ou stabiliser une équipe sous pression. Mais pour une PME suisse, l’embauche ne se résume pas à signer un contrat: elle déclenche une chaîne d’obligations qui touchent les permis, la paie, les assurances sociales et, souvent, l’impôt à la source.

Le sujet revient au premier plan parce que les administrations cantonales et les caisses rappellent aux employeurs la nécessité de coordonner ces démarches dès le recrutement. Une erreur d’assujettissement ou une annonce tardive ne se corrige pas toujours par une simple ligne de salaire: elle peut affecter les cotisations, les retenues fiscales, la couverture sociale du collaborateur et la charge administrative de l’entreprise.

Genève remet le recrutement étranger à l’agenda des PME

Le canton de Genève a annoncé une formation consacrée aux possibilités d’engagement de collaborateurs étrangers et aux règles d’assujettissement aux assurances sociales. La séance est prévue en présentiel à Genève le jeudi 1er octobre 2026 de 14h00 à 17h00 ou le vendredi 2 octobre 2026 de 08h30 à 12h30. Selon l’annonce cantonale, l’objectif est de clarifier les procédures de recrutement des ressortissants de l’Union européenne, de l’Association européenne de libre-échange et des États tiers, ainsi que les conditions actuelles d’octroi des permis de séjour.

Ce type de formation illustre une réalité très concrète: plusieurs autorités interviennent dans un même engagement. Le service chargé du marché du travail ne traite pas les mêmes questions que l’autorité migratoire, la caisse de compensation ou l’administration fiscale. Pour une petite structure, cette répartition des rôles peut devenir opaque. Qui doit être contacté en premier? À quel moment l’employé peut-il commencer? Quelles retenues appliquer sur la première fiche de salaire? La réponse dépend du statut de la personne, de la durée de l’activité, de son pays de résidence et parfois de ses autres activités professionnelles.

La difficulté n’est pas seulement juridique. Elle est aussi organisationnelle. Une PME qui engage dans l’urgence doit synchroniser le responsable RH, la fiduciaire, le logiciel de salaires, la caisse AVS et, le cas échéant, l’autorité fiscale. Plus le dossier est préparé tôt, moins la première paie risque de se transformer en correction rétroactive.

Permis et annonce: la paie commence avant le premier salaire

Le premier réflexe consiste à distinguer le droit de travailler en Suisse de l’assujettissement aux assurances sociales. Ce sont deux questions liées, mais différentes. Un collaborateur peut devoir suivre une procédure d’annonce ou de permis avant même que l’entreprise ne traite son salaire. Pour les ressortissants UE/AELE, le dossier de recherche rappelle qu’une activité jusqu’à 90 jours par an peut être exercée sans permis, sous réserve d’une obligation d’annonce. Au-delà, un permis de travail est requis. Pour les ressortissants d’États tiers, les procédures sont généralement plus encadrées et doivent être vérifiées avant toute entrée en fonction.

Sur le plan pratique, cela signifie que l’offre d’emploi et le contrat ne suffisent pas. L’employeur doit documenter le statut du collaborateur: nationalité, domicile, durée prévue de l’engagement, taux d’activité, lieu habituel de travail et existence éventuelle d’un autre emploi à l’étranger. Ces informations ne sont pas de simples données administratives. Elles influencent les démarches de permis, l’impôt à la source et parfois le pays compétent pour les assurances sociales.

Dans une PME, le risque classique est de traiter le collaborateur étranger comme un salarié suisse standard dans le logiciel de paie, puis de découvrir après coup qu’une annonce fiscale était nécessaire ou qu’un cas frontalier présentait une particularité. Une fiduciaire peut aider à installer un processus simple: aucune première paie sans copie des documents utiles, statut fiscal identifié et caisse de compensation informée lorsque c’est nécessaire.

L’AVS ne regarde pas le passeport, mais l’activité exercée

En matière de premier pilier, le principe de base est clair: toute personne qui exerce une activité lucrative en Suisse est obligatoirement assurée à l’AVS, y compris les travailleurs étrangers et les frontaliers. La nationalité n’est donc pas le critère déterminant. Ce qui compte d’abord, c’est l’exercice d’une activité lucrative relevant du système suisse, sous réserve des cas internationaux particuliers.

Pour l’employeur, cet assujettissement se traduit dans la fiche de salaire. Les cotisations AVS, AI et APG sont prélevées sur le salaire brut. Les taux indiqués par le portail PME de la Confédération sont de 8,7% pour l’AVS, 1,4% pour l’AI et 0,5% pour les APG, avec une répartition à parts égales entre employeur et employé: 4,35% chacun pour l’AVS, 0,7% chacun pour l’AI et 0,25% chacun pour les APG. Ces taux sont mentionnés comme en vigueur depuis le 1er janvier 2020.

Pour une entreprise, ces pourcentages ne sont pas seulement une retenue sur salaire. Ils forment une partie du coût employeur et doivent être intégrés dans le budget du poste. Lorsqu’une PME compare deux candidatures, l’une domiciliée en Suisse et l’autre frontalière ou venant de l’étranger, le salaire brut ne suffit pas à mesurer l’impact financier. Il faut aussi anticiper les charges sociales, les obligations de déclaration et le temps administratif nécessaire pour sécuriser le dossier.

Détachement, pluriactivité et télétravail: les cas qui dérapent vite

Les situations les plus sensibles apparaissent lorsque le collaborateur ne travaille pas uniquement en Suisse ou lorsqu’il conserve un lien professionnel avec un autre État. L’Office fédéral des assurances sociales attire l’attention sur les situations internationales, notamment le détachement et la pluriactivité. La Caisse fédérale de compensation consacre également des informations spécifiques aux personnes qui travaillent dans plusieurs États.

Dans ces cas, l’assujettissement ne se déduit pas mécaniquement du lieu du siège de l’employeur. Un collaborateur qui partage son temps entre plusieurs pays, qui télétravaille régulièrement depuis son domicile étranger ou qui exerce une activité accessoire hors de Suisse peut relever d’une analyse plus fine. Le dossier de recherche souligne d’ailleurs que le télétravail transfrontalier soulève des questions complexes en matière d’assurances sociales et de fiscalité.

Pour la PME, le bon réflexe est de ne pas banaliser ces arrangements. Une journée de télétravail à l’étranger peut sembler anodine du point de vue opérationnel, mais elle peut avoir des effets sur l’assujettissement si elle s’inscrit dans une organisation régulière et internationale du travail. Avant de formaliser une politique de télétravail pour des frontaliers ou des collaborateurs résidant à l’étranger, il est prudent de faire valider le cadre applicable.

Impôt à la source: l’employeur devient percepteur

L’engagement d’un collaborateur étranger a aussi un volet fiscal immédiat. Selon le dossier de recherche, les employés étrangers sans permis d’établissement, c’est-à-dire sans permis C, sont soumis à l’impôt à la source. L’employeur doit annoncer ces employés aux autorités fiscales compétentes dans les huit jours suivant leur embauche.

Cette obligation change la mécanique de paie. L’entreprise ne verse pas simplement un salaire net après cotisations sociales: elle doit aussi retenir l’impôt à la source lorsque les conditions sont réunies, appliquer le barème pertinent et reverser les montants à l’autorité compétente. Pour un dirigeant, cela signifie que l’information fiscale doit être disponible avant la clôture de la paie du premier mois. Pour la fiduciaire, cela suppose un paramétrage correct du collaborateur dans le système salarial et une communication claire avec l’employeur en cas de changement de situation.

Le canton de Genève mentionne d’ailleurs, dans le cadre de sa formation, un module sur la perception de l’impôt à la source pour les employeurs proposé le vendredi 2 octobre. Ce lien entre migration, assurances sociales et fiscalité est essentiel: traiter ces sujets en silos augmente le risque d’erreur. Une autorisation de travail correcte ne garantit pas que la paie soit correcte; une paie socialement juste peut rester incomplète si la retenue fiscale a été oubliée.

La fiduciaire, tour de contrôle du dossier salarié

Pour une PME, la meilleure protection reste une procédure d’entrée structurée. Elle n’a pas besoin d’être lourde, mais elle doit obliger l’entreprise à poser les bonnes questions avant la date d’engagement. Le statut du collaborateur, son domicile, la durée prévue du travail, le lieu d’exécution, l’existence d’un autre emploi et le type de permis ou d’annonce doivent être documentés. La fiduciaire peut ensuite traduire ces informations dans la paie: cotisations sociales, retenue d’impôt à la source, annonces aux institutions concernées et classement des justificatifs.

Une courte check-list interne peut éviter beaucoup d’allers-retours:

  • identifier le pays de nationalité et le pays de domicile du collaborateur;
  • vérifier si une annonce ou un permis est nécessaire avant le début de l’activité;
  • déterminer si l’impôt à la source doit être retenu et annoncé;
  • confirmer l’assujettissement aux assurances sociales, surtout en cas de télétravail transfrontalier, détachement ou pluriactivité;
  • paramétrer la paie seulement lorsque les informations essentielles sont disponibles.

Le recrutement international n’est plus réservé aux grandes entreprises. Les PME romandes y recourent pour trouver des profils techniques, commerciaux ou administratifs. Mais plus le marché du travail devient transfrontalier, plus la fonction salaire devient stratégique. Engager vite reste possible; engager proprement exige de traiter le permis, l’AVS et l’impôt à la source comme un seul dossier. C’est précisément là qu’une fiduciaire apporte de la valeur: transformer une complexité administrative en processus maîtrisé, sans promettre de réponse standard là où chaque situation doit être vérifiée au cas par cas.

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