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Électricité: la baisse annoncée ne fait pas disparaître le risque prix pour les PME

Tax Manager · Fiduciaire Lausanne

Électricité: la baisse annoncée ne fait pas disparaître le risque prix pour les PME

Les prix de l’électricité donnent un peu d’air aux entreprises suisses, mais pas encore de véritable tranquillité. Après la flambée des dernières années sur les marchés européens de l’énergie, les tarifs réglementés suisses devraient reculer en 2026. Selon l’ElCom, le prix médian de l’électricité pour les ménages en approvisionnement de base s’établit à 27,7 centimes par kWh, soit environ 4% de moins qu’en 2025. Pour un ménage type consommant 4'500 kWh par an, la baisse représente 58 francs sur la facture annuelle.

Pour les PME, le signal est positif, mais il doit être lu avec prudence. L’électricité reste un poste de coût sensible, en particulier pour les commerces, ateliers, restaurants, cabinets médicaux, petites industries ou entreprises utilisant du froid, de la ventilation, des machines ou des serveurs. Et en Europe, les prix restent exposés à une variable de plus en plus déterminante: la météo. Sécheresses, vagues de chaleur, périodes de froid ou manque de vent peuvent peser sur la production, les réseaux et la demande. Autrement dit, même lorsque les tarifs baissent, le risque énergétique ne disparaît pas du budget.

Une détente en 2026, mais pas un retour à l’insouciance

La baisse annoncée en Suisse tient notamment au recul des prix de l’énergie sur les marchés, selon les informations relayées par swissinfo.ch à partir des données de l’ElCom. Pour les consommateurs en approvisionnement de base, le tarif final ne dépend toutefois pas uniquement du prix de gros. Il additionne plusieurs briques: l’énergie elle-même, l’utilisation du réseau, les taxes et redevances, ainsi que les coûts de mesure. C’est cette addition qui arrive sur la facture de l’entreprise.

La mécanique est importante pour un dirigeant de PME. Une détente sur le marché de l’énergie peut être en partie absorbée, neutralisée ou amplifiée par d’autres composantes. Les coûts de réseau, par exemple, reflètent l’entretien et l’exploitation des infrastructures. Les taxes et redevances dépendent aussi du cadre fédéral et local. Le dossier de recherche mentionne notamment un supplément réseau fédéral de 2,3 ct./kWh en 2026 et des redevances communales généralement autour de 1 ct./kWh. Pour une entreprise qui consomme régulièrement, chaque centime par kWh finit par peser dans les charges d’exploitation.

La difficulté, pour une PME, n’est donc pas seulement de savoir si l’électricité baisse ou augmente en moyenne. Il faut comprendre quelle partie de la facture bouge, à quel moment, et avec quel effet sur la marge. Une boulangerie, un garage, un atelier de menuiserie ou une société de services informatiques n’ont pas le même profil de consommation. La puissance appelée, les horaires d’activité, les appareils utilisés et les possibilités de décaler certains usages peuvent modifier fortement l’impact concret d’un tarif.

Le climat remet de la volatilité dans une facture que l’on croyait prévisible

L’électricité a longtemps été perçue comme une charge relativement stable: on budgétait la consommation, on appliquait le tarif local, puis on ajustait légèrement d’une année à l’autre. Cette lecture devient trop courte. Le système électrique européen est interconnecté, et les conditions climatiques influencent de plus en plus l’équilibre entre production et demande.

Lorsque les températures montent, la demande liée au refroidissement peut augmenter, tandis que certaines formes de production deviennent plus sensibles aux contraintes environnementales ou techniques. En période de sécheresse, l’hydraulique peut être sous pression. Lorsque le vent manque, la production éolienne recule. En hiver, les pointes de consommation liées au chauffage et à l’activité économique peuvent tendre le système. Ces phénomènes ne déterminent pas seuls le prix payé par une PME suisse, mais ils alimentent les prix de marché et les anticipations des fournisseurs.

C’est précisément ce lien entre météo, disponibilité de la production et prix de marché qui explique pourquoi la détente annoncée pour 2026 ne doit pas être interprétée comme une garantie durable. Pour les entreprises, le bon réflexe consiste à traiter l’électricité comme un risque opérationnel à gérer, au même titre que les loyers, les salaires, les taux d’intérêt ou les achats de matières premières. Une facture qui varie de quelques pourcents peut sembler modeste; sur une activité à faible marge, elle peut toutefois modifier le résultat, surtout si elle s’ajoute à d’autres hausses de coûts.

En Suisse, la commune compte parfois autant que le marché

La situation suisse ajoute une particularité: tous les consommateurs ne sont pas exposés de la même manière. Le marché de l’électricité est partiellement libéralisé. Les consommateurs dont la consommation annuelle est inférieure à 100'000 kWh relèvent de l’approvisionnement de base et ne peuvent pas choisir librement leur fournisseur. Le dossier de recherche précise que ce cas concerne la majorité des PME. Les tarifs applicables à ces clients sont régulés par l’ElCom.

Cette architecture protège en partie les petits consommateurs contre les variations immédiates du marché, mais elle introduit aussi une forte dimension locale. Les tarifs diffèrent selon les communes, les gestionnaires de réseau et la structure d’approvisionnement. Pour 2026, le dossier indique une fourchette allant de 22 centimes par kWh dans des cantons à forte production hydraulique, comme le Valais et le Tessin, jusqu’à 42 centimes dans certaines communes alémaniques. Pour deux entreprises ayant une activité comparable, l’adresse peut donc entraîner un écart significatif de facture.

Les fournisseurs publient généralement leurs tarifs pour l’année suivante à la fin du mois d’août. Ce calendrier est utile pour la planification budgétaire: il permet de réviser les prévisions avant la clôture des budgets et d’anticiper les prix de revient. Dans une PME, cette information ne devrait pas rester dans un classeur de factures. Elle concerne aussi la direction, la comptabilité, les responsables de production et parfois les ressources humaines, notamment lorsque les horaires, l’exploitation des locaux ou le télétravail influencent la consommation.

Clients professionnels: des baisses existent, mais elles ne se lisent pas toutes pareil

Les annonces des fournisseurs montrent que la baisse n’est pas uniforme. Groupe E prévoit une réduction moyenne de 1,6% de ses tarifs, selon les éléments cités dans le dossier. Viteos annonce de son côté une diminution de 9,8% pour les ménages et de 6,9% pour les clients professionnels grands consommateurs à partir du 1er janvier 2026. Ces chiffres illustrent une réalité très concrète: le tarif national médian donne une tendance, mais la facture réelle se calcule localement et selon le profil du client.

Pour les entreprises dépassant le seuil d’accès au marché libre, la logique peut encore changer. Elles peuvent être davantage exposées à la stratégie d’achat d’électricité, au moment de conclusion des contrats et au niveau de couverture choisi. Pour les plus petites PME, l’enjeu est différent: elles ne choisissent généralement pas leur fournisseur, mais elles peuvent agir sur la consommation, la puissance appelée, les processus internes et la qualité du suivi.

Dans tous les cas, le premier chantier est souvent très simple: lire la facture en détail. Beaucoup d’entreprises regardent le montant total, sans distinguer énergie, réseau, redevances et taxes. Or cette lecture permet de savoir où l’action est possible. Une négociation commerciale ne changera pas une redevance publique. Un investissement d’efficacité énergétique ne réduira pas nécessairement tous les postes de la facture de la même façon. Et une baisse du prix de l’énergie peut être moins visible si la consommation augmente en parallèle.

Budgéter l’électricité comme un risque de gestion, pas comme une fatalité

Face à des prix encore élevés en Europe et à des risques climatiques récurrents, les PME ont intérêt à professionnaliser leur approche, sans attendre une nouvelle crise. Il ne s’agit pas forcément de lancer un grand programme énergétique. Une démarche progressive suffit souvent à mieux piloter le poste: relever les consommations mensuelles, identifier les pics, comparer les sites, vérifier les horaires de fonctionnement des équipements, mettre à jour les contrats de maintenance et intégrer les tarifs annoncés dans les budgets.

Les entreprises dont l’activité dépend fortement de l’électricité devraient aussi tester plusieurs scénarios. Que se passe-t-il si le tarif local ne baisse pas autant qu’attendu? Si une redevance change? Si l’activité augmente et entraîne une consommation plus élevée? Si un équipement vieillissant consomme davantage? Ces questions ne relèvent pas de la spéculation: elles aident à préserver les marges et à fixer des prix de vente plus réalistes.

Les mesures d’efficacité énergétique doivent être examinées avec la même rigueur que tout investissement. Remplacer un équipement, améliorer la régulation du froid, optimiser l’éclairage, ajuster la ventilation ou suivre plus finement les consommations peut réduire la dépendance aux prix. Mais le calcul doit tenir compte de la situation propre à l’entreprise, de la durée d’utilisation, des contraintes de production, du financement et des éventuelles aides disponibles. Une fiduciaire peut ici aider à traduire un projet technique en impact financier: charge annuelle, amortissement, liquidités, effet sur le prix de revient et sur le résultat.

La baisse prévue en Suisse en 2026 est donc une bonne nouvelle, mais elle ne ferme pas le dossier. L’électricité entre dans une période où la facture dépend à la fois des marchés, des réseaux, des décisions locales et d’un climat moins prévisible. Pour les PME, l’enjeu n’est pas de prédire le prochain choc, mais d’éviter d’être surprises: comprendre sa facture, suivre les annonces tarifaires, documenter sa consommation et intégrer l’énergie dans les décisions de gestion courante. Dans un environnement européen encore fragile, cette discipline peut valoir autant qu’une baisse de tarif.

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