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Banques suisses: la BNS rassure, l’immobilier reste le talon d’Achille

Tax Manager · Fiduciaire Lausanne

Banques suisses: la BNS rassure, l’immobilier reste le talon d’Achille

Le message est rassurant, mais il n’est pas triomphaliste. Dans son rapport sur la stabilité financière 2026, la Banque nationale suisse estime que le secteur bancaire suisse est globalement bien armé pour faire face à une crise. Les banques disposent, selon elle, de fonds propres et de liquidités substantiels, et la plupart résistent aux scénarios de stress examinés.

Pour les PME, les indépendants et les directions financières, l’enjeu est concret: une place bancaire solide signifie généralement un accès plus prévisible au crédit, aux lignes de trésorerie, aux garanties et aux services de paiement. Mais la BNS rappelle aussi que le marché immobilier et hypothécaire reste fragile. Or, en Suisse, ce marché touche de près les entreprises: financement de locaux, loyers, garanties, valorisation des actifs et santé financière des ménages clients.

Des banques jugées solides dans un environnement qui ne l’est pas

La BNS ne décrit pas un ciel dégagé. Selon les éléments rapportés par la RTS, elle souligne que le contexte économique et financier demeure difficile pour le secteur financier suisse, en raison notamment du conflit au Moyen-Orient, des tensions liées au commerce international et des incertitudes géopolitiques et macroéconomiques qui en résultent. Autrement dit: la solidité bancaire est évaluée dans un décor instable, pas dans une période de calme.

La résilience bancaire désigne la capacité d’un établissement à absorber des pertes, à conserver suffisamment de liquidités et à poursuivre ses activités essentielles même lorsqu’un choc survient. Pour une entreprise, cela se traduit par une question simple: la banque pourra-t-elle continuer à financer l’économie si les marchés se tendent, si les taux bougent fortement ou si des clients rencontrent des difficultés?

D’après l’Association suisse des banquiers, qui commente le rapport de la BNS, la capitalisation, la liquidité et la capacité d’absorption des pertes des banques suisses sont globalement solides. Les tests de résistance menés par la BNS indiquent que la plupart des banques orientées vers le marché intérieur devraient pouvoir encaisser des scénarios de crise sans réduire leurs prêts ni renforcer leur capitalisation, selon la RTS.

Ce point est important pour les PME. Dans une phase de ralentissement ou de forte incertitude, une entreprise peut avoir besoin de refinancer un investissement, de prolonger une limite de crédit, d’obtenir une garantie bancaire ou simplement de passer un creux de trésorerie. Si les banques doivent simultanément protéger leur bilan en urgence, le crédit peut devenir plus rare ou plus coûteux. Le diagnostic actuel de la BNS suggère que ce risque systémique n’est pas le scénario central, même s’il ne disparaît pas.

UBS, PostFinance, Raiffeisen: une rentabilité qui reste scrutée de près

La situation d’UBS occupe une place particulière dans l’analyse, en raison de sa taille et de son importance pour la place financière. Selon la RTS, la capacité bénéficiaire d’UBS a continué de progresser en 2025, soutenue par la gestion de fortune et la banque d’investissement. Ses activités suisses ont en revanche connu une baisse de rentabilité, affectée par le recul du résultat net des opérations d’intérêts.

La rentabilité bancaire n’est pas seulement une affaire d’actionnaires. Elle conditionne aussi la capacité d’une banque à constituer des réserves, à absorber des pertes et à continuer d’accorder des financements. Une banque rentable dispose, en principe, de davantage de marge pour investir dans ses systèmes, gérer ses risques et accompagner ses clients. Mais une rentabilité trop dépendante de certaines activités peut aussi créer des sensibilités spécifiques.

Parmi les autres banques d’importance systémique, la RTS rapporte que la rentabilité de PostFinance et de la Banque cantonale de Zurich a augmenté l’an dernier, tandis que celle du groupe Raiffeisen a diminué. Les ratios de fonds propres se sont globalement renforcés sur l’ensemble du secteur bancaire suisse.

Le cadre dit too big to fail reste au centre du débat. Il vise les établissements dont la défaillance pourrait menacer l’économie et le système financier. Après la chute de Credit Suisse, les exigences ont été durcies, notamment pour mieux couvrir les risques liés aux participations d’UBS dans ses filiales étrangères. Selon la RTS, UBS dépasse déjà les exigences renforcées qui s’appliqueront pleinement dès 2030. Le dossier demeure toutefois politique et réglementaire: le directeur général d’UBS, Sergio Ermotti, a indiqué début juin que la banque acceptera et respectera la décision du Parlement sur ce sujet, rapporte la RTS.

Pour une PME, ces discussions peuvent paraître lointaines. Elles ne le sont pas totalement. Des exigences de fonds propres plus élevées peuvent influencer le coût du capital des banques, leur appétit pour certains risques et, indirectement, les conditions proposées aux entreprises. À l’inverse, des banques insuffisamment capitalisées peuvent devenir un facteur d’instabilité. Le bon équilibre entre sécurité financière et capacité de financement reste donc un enjeu économique majeur.

L’immobilier concentre les fragilités que la BNS ne veut pas minimiser

Le principal avertissement concerne le marché immobilier résidentiel et hypothécaire. La BNS souligne, selon SwissBanking, que l’endettement hypothécaire reste élevé et que les prix de l’immobilier résidentiel ont récemment repris de la vigueur. L’explication avancée tient à une offre limitée de logements en propriété face à une forte demande, alimentée par la croissance démographique et des taux d’intérêt bas.

Watson, reprenant les constats du rapport, relève aussi que l’encours des créances hypothécaires demeure élevé et que l’endettement lié aux prêts hypothécaires signale un niveau de risque accru quant à la capacité financière. La BNS observe par ailleurs que les prix de l’immobilier résidentiel ont augmenté tant au niveau mondial qu’en Suisse.

Le risque ne se limite pas aux propriétaires privés. Les banques suisses fortement actives sur le marché intérieur sont exposées à l’évolution des hypothèques. Selon la RTS, elles restent particulièrement sensibles à une combinaison défavorable: hausse marquée des taux d’intérêt et correction des prix de l’immobilier. Un tel scénario peut peser sur les garanties, sur la solvabilité des emprunteurs et sur la qualité des portefeuilles de crédit.

Pour les entreprises, les canaux de transmission sont multiples. Une hausse des coûts immobiliers peut renchérir les loyers commerciaux ou freiner des projets d’implantation. Une correction des prix peut réduire la valeur de biens mis en garantie. Un durcissement des critères d’octroi hypothécaire peut aussi affecter la clientèle privée de certaines PME, en particulier dans les secteurs liés à la construction, à l’aménagement, au commerce de détail ou aux services locaux.

La prudence consiste à ne pas traiter l’immobilier comme une variable secondaire du plan financier. Les entreprises qui envisagent d’acheter des locaux, de refinancer une dette immobilière ou de s’engager dans un bail de longue durée ont intérêt à tester plusieurs hypothèses: capacité de remboursement en cas de variation des charges financières, dépendance à la valeur de revente, marge de trésorerie disponible, clauses contractuelles et flexibilité opérationnelle. Ces simulations ne remplacent pas une analyse bancaire ou fiscale individualisée, mais elles évitent de bâtir un projet sur un seul scénario favorable.

La liquidité, le vrai nerf d’une crise bancaire

Les turbulences de 2022-2023 en Suisse et aux États-Unis ont rappelé une réalité parfois sous-estimée: les fonds propres ne suffisent pas si la liquidité disparaît trop vite. Selon la RTS, la BNS considère que des sorties rapides de liquidités peuvent épuiser même d’importants coussins de réserves. Elle juge donc essentiel que les banques disposent de garanties mobilisables pour obtenir, si nécessaire, un soutien en liquidités de sa part ou d’autres banques centrales.

La liquidité correspond à la capacité de faire face à des sorties de fonds immédiates: retraits de clients, échéances de marché, appels de marge ou besoins opérationnels. Pour une banque, disposer d’actifs de qualité ne suffit pas toujours; encore faut-il pouvoir les mobiliser rapidement. Pour une entreprise, l’équivalent est très parlant: une société peut être solvable sur le papier, mais se trouver en difficulté si ses encaissements arrivent trop tard pour payer salaires, fournisseurs ou charges sociales.

Cette dimension doit inciter les dirigeants à examiner leur propre exposition bancaire. Il ne s’agit pas de céder à la méfiance, mais de connaître ses dépendances: concentration des comptes auprès d’un seul établissement, disponibilité des limites de crédit, échéances des emprunts, garanties déjà engagées, accès aux paiements en cas de problème opérationnel. La diversification des relations bancaires peut être pertinente pour certaines entreprises, mais elle a aussi un coût administratif et doit être appréciée au cas par cas.

La BNS attire en outre l’attention sur le poids croissant des intermédiaires financiers non bancaires. Selon la RTS, les actifs des fonds de placement, caisses de pension et assurances représentaient fin 2025 554% du PIB suisse. SwissBanking relève également que la BNS suit de près les cyberrisques, les risques opérationnels, l’importance des établissements non bancaires et les stablecoins. Cela montre que la stabilité financière ne se joue plus seulement dans les bilans des banques traditionnelles.

Pour les PME, un signal rassurant mais pas un feu vert automatique

Dans l’immédiat, le rapport de la BNS envoie un signal plutôt favorable aux entreprises: le système bancaire suisse dispose d’une capacité de résistance appréciable, dans un contexte international pourtant chargé. SwissBanking y voit la confirmation que les banques peuvent continuer à financer de manière fiable les entreprises et les ménages, même dans des conditions exigeantes. L’association estime aussi que des exigences supplémentaires de fonds propres ne se justifient pas à ce stade.

Mais le climat des PME reste tendu. Le dossier de recherche relève que le Baromètre PME 2026 de la Neue Zürcher Zeitung, relayé par le portail fédéral PME, affiche un indice global de -7,3 points au 2e trimestre 2026, son plus bas niveau depuis le début de l’enquête en 2021. Les incertitudes géopolitiques, la politique commerciale des États-Unis et l’alourdissement des charges administratives pèsent sur les indicateurs. Même avec des banques solides, les entreprises peuvent donc hésiter à investir ou à embaucher.

La bonne lecture du rapport n’est pas de conclure que le risque a disparu. Elle est plutôt de distinguer deux niveaux: le système bancaire paraît capable d’absorber des chocs importants, mais certains marchés et certains modèles d’affaires restent vulnérables. Une PME exportatrice ne porte pas les mêmes risques qu’un artisan local fortement dépendant du bâtiment, qu’une société immobilière ou qu’un commerce financé par une ligne de crédit saisonnière.

Dans ce contexte, les directions devraient privilégier une gestion financière lisible: budgets actualisés, scénarios de taux, suivi des covenants bancaires lorsqu’ils existent, documentation claire pour les demandes de crédit, anticipation des renouvellements de financement. Les discussions avec la banque gagnent à être préparées avant que la trésorerie ne se tende. Un bilan propre, une comptabilité à jour et des hypothèses réalistes restent des atouts très concrets.

La place bancaire suisse apparaît donc robuste, mais la robustesse d’un système ne dispense pas chaque entreprise de travailler sa propre résilience. La BNS rassure sur la capacité d’ensemble; elle rappelle aussi que les crises naissent souvent aux intersections entre finance, immobilier, géopolitique et confiance. Pour les PME, le bon réflexe consiste à profiter de cette stabilité relative pour renforcer leurs marges de manœuvre, plutôt que d’attendre le prochain choc pour les chercher.

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