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Budget 2027: la surtaxe qui inquiète les chaînes d’affaires

Tax Manager · Fiduciaire Lausanne

Budget 2027: la surtaxe qui inquiète les chaînes d’affaires

La France pourrait prolonger en 2027 sa surtaxe visant les grandes entreprises. Pour les sociétés suisses, le sujet peut sembler lointain: il concerne l’impôt sur les sociétés français et vise des groupes d’une taille très supérieure à celle de la plupart des PME helvétiques. Pourtant, lorsqu’un grand client, fournisseur, distributeur ou donneur d’ordre voit sa charge fiscale augmenter, l’effet peut se transmettre dans les prix, les délais de paiement, les politiques d’achat et les budgets d’investissement.

Selon Econostrum, qui reprend des informations des Échos, la reconduction de cette contribution figure parmi les pistes étudiées pour le budget français 2027. Le projet de loi de finances doit être présenté en Conseil des ministres le 30 septembre, et les arbitrages peuvent encore changer. Pour une PME suisse active avec le marché français ou intégrée dans une chaîne de valeur européenne, l’enjeu n’est donc pas de calculer cette surtaxe comme si elle lui était directement applicable, mais d’anticiper les réactions possibles de ses partenaires.

Une contribution française qui cible le chiffre d’affaires, pas le bénéfice

La surtaxe en question a été créée à titre exceptionnel dans le budget 2025, puis reconduite en 2026, indique Econostrum. Elle pourrait désormais être maintenue une troisième année. Le point important, pour comprendre sa portée économique, est son critère d’entrée: le dispositif ne vise pas les entreprises selon le niveau de leurs bénéfices, mais selon leur chiffre d’affaires.

D’après la source, la contribution concerne cette année les entreprises soumises à l’impôt sur les sociétés dont le chiffre d’affaires atteint au moins 1,5 milliard d’euros. Ce seuil aurait été relevé par rapport à 2025 afin d’écarter les entreprises de taille intermédiaire. Environ 300 entreprises seraient concernées cette année.

Le calcul ne consiste pas à prélever un pourcentage du chiffre d’affaires. La contribution est calculée sur l’impôt sur les sociétés dû. Toujours selon Econostrum, le taux est de 20,6% lorsque le chiffre d’affaires se situe entre 1,5 milliard et moins de 3 milliards d’euros, et de 41,2% lorsque le chiffre d’affaires est égal ou supérieur à 3 milliards d’euros. Des mécanismes de lissage existent autour des seuils afin d’éviter une rupture trop brutale en cas de franchissement limité.

Cette distinction est essentielle pour les dirigeants de PME. Une taxe assise sur le chiffre d’affaires et une surtaxe calculée à partir de l’impôt dû n’ont pas le même effet financier. Dans le second cas, la mesure dépend notamment de la base imposable, des règles fiscales applicables et de la situation propre du groupe. Mais, dans les deux cas, une hausse anticipée de la charge fiscale peut influencer la façon dont une grande entreprise pilote ses coûts.

Pourquoi une PME suisse peut être concernée sans être redevable

Une entreprise suisse qui n’est pas soumise à l’impôt sur les sociétés français n’entre pas pour autant dans le champ direct de cette contribution. La question pratique se situe ailleurs: quelles décisions les grands groupes concernés prendront-ils pour préserver leurs marges, financer leur impôt et rassurer leurs actionnaires ou leurs organes de gouvernance?

Dans une relation commerciale, l’impôt n’est jamais complètement isolé du reste du modèle économique. Si un grand donneur d’ordre estime que sa charge fiscale augmente durablement, il peut chercher à compenser par des économies opérationnelles. Cela peut se traduire par une pression accrue sur les prix d’achat, une renégociation des contrats, un durcissement des conditions de référencement, une centralisation des achats ou un report de certains projets.

Pour une PME suisse exportatrice, sous-traitante, prestataire informatique, société de conseil, fournisseur industriel ou distributeur spécialisé, le risque est donc indirect mais concret. Une hausse de fiscalité chez un partenaire français peut devenir une discussion sur les tarifs, les volumes, les remises de fin d’année ou les délais de règlement. La fiduciaire, de son côté, doit aider à traduire cette incertitude en scénarios de trésorerie et de marge, plutôt qu’en simple commentaire d’actualité.

Le sujet mérite aussi l’attention des sociétés suisses appartenant à un groupe ayant une présence en France. Selon la structure juridique, les flux intragroupe, les refacturations, les redevances, les prestations de services ou les politiques de prix de transfert peuvent être observés avec une sensibilité accrue lorsque la pression fiscale augmente. Il ne s’agit pas de conclure automatiquement à un impact, mais de vérifier les contrats, la documentation et la cohérence économique des flux avec les conseillers concernés.

Prix, budgets et investissements: les canaux de transmission

Pour un dirigeant de PME, la bonne question n’est pas seulement: «Suis-je imposé par cette surtaxe?» Elle est aussi: «Mes clients ou fournisseurs stratégiques le sont-ils, et comment pourraient-ils réagir?» Une grande entreprise peut absorber une charge supplémentaire, la répercuter partiellement, réduire certains coûts, différer des investissements ou revoir ses priorités géographiques. Chaque choix a des répercussions différentes pour les partenaires commerciaux.

Côté ventes, une PME suisse qui réalise une part significative de son chiffre d’affaires avec de grands groupes français devrait examiner la solidité de son carnet de commandes. Les budgets 2027 de ses clients pourront intégrer des hypothèses plus prudentes. Les contrats pluriannuels, les clauses d’indexation, les conditions de résiliation et les engagements de volume deviennent alors des éléments clés. Lorsque les marges sont déjà serrées, une demande de baisse de prix peut suffire à rendre un mandat moins rentable.

Côté achats, l’effet peut prendre une autre forme. Si un fournisseur français de grande taille est concerné par la surtaxe, il pourrait ajuster ses prix, revoir ses remises ou privilégier les clients les plus rentables. Une PME suisse dépendante d’un fournisseur unique doit donc surveiller ses risques d’approvisionnement et envisager, lorsque c’est possible, des alternatives. La fiscalité d’un partenaire peut ainsi devenir un sujet de gestion des risques, au même titre que le change, l’énergie, la logistique ou les taux d’intérêt.

L’investissement constitue un autre canal. Econostrum rappelle que le Medef s’oppose à une prolongation du dispositif, en redoutant un effet sur les décisions d’investissement et d’embauche des grands groupes. Pour une PME suisse, cela peut signifier moins de mandats liés à des extensions de sites, moins de projets de transformation ou des appels d’offres retardés. Les entreprises de services, d’ingénierie, de construction, de maintenance, de formation ou de digitalisation peuvent être particulièrement attentives à ces signaux.

Le rôle de la fiduciaire: transformer l’actualité fiscale en scénarios

Face à une mesure encore en discussion, la réponse n’est pas de modifier immédiatement toute sa stratégie. La bonne approche consiste à identifier l’exposition. Quels clients français représentent une part importante du chiffre d’affaires? S’agit-il de grands groupes potentiellement dans le champ de la surtaxe? Les contrats en cours permettent-ils une renégociation rapide? Les prix incluent-ils une marge de sécurité suffisante? Les délais de paiement se sont-ils déjà allongés?

La fiduciaire peut accompagner ce travail en combinant comptabilité analytique, suivi de trésorerie et lecture contractuelle de base. Une PME devrait pouvoir savoir, par client ou par segment, quelle marge elle conserve après salaires, charges sociales, frais de déplacement, sous-traitance, change et frais administratifs. Sans cette vision, une pression commerciale venue d’un grand donneur d’ordre peut être acceptée trop vite, au risque de transformer une relation prestigieuse en activité peu rentable.

Sur le plan budgétaire, il est prudent d’intégrer plusieurs hypothèses pour l’exercice concerné: maintien des volumes, baisse de prix demandée par certains clients, report de commandes, ou au contraire opportunité de remplacer un fournisseur jugé trop coûteux. Ces scénarios ne doivent pas être alarmistes; ils servent à mesurer la résistance de l’entreprise. Une trésorerie prévisionnelle, mise à jour régulièrement, permet de voir si une baisse temporaire de marge est absorbable ou si elle menace les engagements courants.

Les entreprises suisses actives en France doivent aussi coordonner leurs analyses fiscales. La TVA, l’existence éventuelle d’un établissement stable, la qualification des prestations, les flux de marchandises et les obligations déclaratives dépendent de faits précis. La surtaxe des grandes entreprises ne remplace pas ces sujets classiques: elle s’y ajoute comme élément de contexte. Avant toute décision, il convient de vérifier la situation avec un spécialiste connaissant les règles françaises et suisses applicables.

Un débat budgétaire français à suivre jusqu’aux arbitrages

La pression sur les finances publiques françaises explique le débat. Econostrum indique que le déficit public français a atteint 152,5 milliards d’euros en 2025, soit 5,1% du PIB, et que la dette publique s’est établie à 3’460,5 milliards d’euros, soit 115,7% du PIB. La surtaxe représente une recette significative: son rendement attendu était de 8 milliards d’euros lors de sa création pour 2025. Pour 2026, le gouvernement prévoyait initialement 4 milliards d’euros avec des taux divisés par deux, mais le dispositif retenu après les débats budgétaires porte la recette attendue à 7,3 milliards d’euros, selon la même source.

Ces chiffres montrent pourquoi la mesure peut rester dans la discussion: elle rapporte rapidement à l’État et cible un nombre limité d’acteurs. Mais ils expliquent aussi les critiques des milieux économiques, qui craignent une fiscalité exceptionnelle devenant récurrente. Pour les entreprises suisses, le signal principal est là: une mesure fiscale nationale peut modifier l’environnement commercial au-delà des frontières.

D’ici à la présentation du projet de loi de finances, rien n’est définitif. Les seuils, les taux, la durée et les modalités peuvent encore évoluer. Une PME suisse n’a donc pas intérêt à sur-réagir. En revanche, elle a intérêt à poser les bonnes questions dès maintenant: concentration du portefeuille clients, dépendance à quelques grands groupes, clauses de prix, résistance des marges et besoins de liquidités. Dans une économie interconnectée, la fiscalité d’un grand voisin devient parfois un sujet très local: celui de la prochaine négociation commerciale, du prochain budget et de la prochaine décision d’investissement.

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