Couples mariés: la fiscalité suisse changera en 2032
L’imposition individuelle ne bouleversera pas les déclarations fiscales des couples mariés dès demain. Le Conseil fédéral a fixé son entrée en vigueur au 1er janvier 2032, soit le délai le plus long possible pour permettre aux cantons de préparer le basculement. Pour les ménages concernés, cela signifie que l’imposition conjointe reste la règle pendant encore plusieurs années.
Pour les PME, les indépendants et les fiduciaires, ce calendrier n’est pas anecdotique. La réforme touchera la manière de déclarer les revenus au sein des couples mariés, mais aussi les arbitrages autour du salaire, de l’activité accessoire, de la prévoyance, de la planification fiscale et de la transmission d’informations aux administrations. L’enjeu n’est donc pas seulement politique: il est très concret dans la gestion financière de nombreux foyers d’entrepreneurs.
Un basculement repoussé au maximum par Berne
Le Conseil fédéral a décidé que l’imposition individuelle entrerait en vigueur le 1er janvier 2032. Selon les informations publiées par 20 Minutes et Econostrum, le gouvernement aurait pu retenir une date plus rapprochée, mais il a choisi de laisser aux cantons la plus longue période d’adaptation prévue.
Cette décision répond à une demande exprimée lors de la consultation par la Conférence des directrices et directeurs cantonaux des finances. Le changement à venir ne se limite pas à une simple modification de formulaire. Il implique une adaptation politique, technique et administrative à plusieurs niveaux: Confédération, cantons et communes.
La réforme a été acceptée par le peuple suisse au printemps, avec 54,2% des voix selon 20 Minutes, et 54,23% selon Econostrum. Son principe est simple dans sa formulation, mais lourd dans sa mise en œuvre: chaque contribuable sera imposé individuellement, indépendamment de son état civil. Autrement dit, le mariage ne sera plus le critère qui détermine une taxation commune.
Jusqu’à l’entrée en vigueur, le système actuel demeure applicable. Les époux continueront donc à être imposés conjointement: leurs revenus sont additionnés avant le calcul de l’impôt. Ce mécanisme peut, dans certaines situations, conduire à une charge fiscale plus élevée que celle de personnes non mariées disposant de revenus comparables. C’est précisément cette différence de traitement que la réforme entend corriger.
Deux déclarations au lieu d’une: un changement de logique
Avec l’imposition individuelle, chaque conjoint remplira sa propre déclaration fiscale. Le revenu d’une personne ne sera plus automatiquement combiné à celui de son époux ou de son épouse pour déterminer l’impôt dû. Sur le plan pratique, cela modifie la lecture fiscale du couple: on ne part plus d’un ménage imposé comme une unité, mais de deux contribuables distincts.
Cette distinction est importante pour les entrepreneurs. Dans de nombreuses PME familiales, l’un des conjoints travaille dans l’entreprise de l’autre, perçoit un salaire, participe à l’administration, détient des parts ou exerce une activité indépendante en parallèle. Aujourd’hui, ces éléments sont souvent analysés à l’échelle du couple pour estimer la charge fiscale globale du ménage. Demain, la ventilation exacte des revenus et des déductions entre les deux personnes prendra davantage de poids.
La réforme ne signifie pas que tous les couples mariés paieront nécessairement moins d’impôt. L’effet dépendra de la composition des revenus, de la répartition entre conjoints, du canton, des déductions applicables, de la situation familiale et de l’évolution des barèmes. C’est précisément pour cette raison que les simulations devront être faites au cas par cas, sans conclusion automatique.
Pour une fiduciaire, l’un des défis sera d’expliquer cette transition sans la réduire à un slogan. L’imposition individuelle n’est pas seulement une réponse à la question de la «pénalisation du mariage». C’est un changement de méthode, qui peut modifier les incitations économiques au sein d’un couple: reprise d’activité, augmentation du taux d’occupation, rémunération d’un conjoint actif dans l’entreprise, choix entre salaire et dividende lorsque la structure le permet, ou encore planification de la prévoyance.
Les cantons devront revoir barèmes et déductions
Le délai jusqu’en 2032 s’explique par l’ampleur du travail cantonal. Selon les sources citées, les cantons devront examiner leurs barèmes fiscaux et les déductions sociales qu’ils accordent, puis les adapter si nécessaire. Certains changements pourraient même nécessiter des votations cantonales.
Ce point est central pour les contribuables suisses, car la fiscalité ne se joue pas uniquement à l’échelon fédéral. L’impôt cantonal et communal pèse dans la planification d’un ménage et d’une entreprise. Deux couples ayant des revenus semblables peuvent connaître des effets différents selon leur canton de domicile, leur commune, la structure de leurs revenus et les déductions admises.
Dans la pratique, les PME devront donc éviter de tirer des conclusions définitives trop tôt. Une simulation effectuée avant l’adaptation des règles cantonales peut donner une tendance, mais elle ne remplacera pas une analyse actualisée une fois les barèmes et les déductions connus. Les indépendants et les dirigeants salariés de leur propre société devront notamment suivre l’évolution des règles concernant les déductions liées à la famille, à l’activité professionnelle et à la prévoyance.
Les administrations fiscales devront également adapter leurs systèmes informatiques et leurs procédures. Pour les contribuables, cela pourrait se traduire par de nouveaux processus déclaratifs, une répartition plus précise de certaines charges et une documentation plus individualisée. Les fiduciaires auront probablement un rôle accru d’accompagnement, surtout pour les couples dont les revenus sont mêlés à une activité entrepreneuriale.
PME familiales: la répartition des revenus deviendra plus visible
Dans une petite entreprise, la frontière entre finances privées et activité professionnelle doit déjà être claire. Avec l’imposition individuelle, cette exigence pourrait devenir encore plus sensible pour les couples mariés. Lorsqu’un conjoint travaille dans l’entreprise, sa rémunération devra être justifiée, documentée et cohérente avec l’activité exercée. Ce n’est pas nouveau sur le principe, mais l’imposition séparée rendra la répartition des revenus plus lisible fiscalement.
Un couple d’entrepreneurs aura intérêt à examiner plusieurs éléments avant 2032: qui perçoit quel revenu, quelles charges sont supportées par quelle personne, quelles déductions peuvent être attribuées à chacun, et comment la prévoyance professionnelle ou individuelle s’insère dans l’ensemble. Il ne s’agit pas de modifier artificiellement une structure, mais de comprendre les effets possibles de la nouvelle logique fiscale.
Les salariés mariés sont aussi concernés. Dans les entreprises, les services RH et les responsables salaires pourraient recevoir davantage de questions sur le taux d’activité du second conjoint, les certificats de salaire, les retenues à la source dans certains cas ou la planification du revenu annuel. L’employeur ne remplace pas le conseiller fiscal, mais il doit produire des documents exacts et cohérents, car ces documents alimenteront deux déclarations séparées.
Pour les indépendants, la question sera encore plus directe. Le bénéfice imposable, les cotisations sociales, les rachats de prévoyance éventuels, la propriété des actifs professionnels et la participation du conjoint à l’activité devront être appréhendés avec rigueur. Une comptabilité bien tenue facilitera la transition. À l’inverse, des arrangements informels dans une entreprise familiale risquent de devenir plus difficiles à défendre ou à expliquer.
Une réforme votée, mais un débat pas entièrement clos
Le calendrier fixé par le Conseil fédéral ne met pas fin à toutes les discussions politiques. D’après les sources disponibles, une autre votation fédérale est prévue le 29 novembre 2026 sur l’initiative populaire du Centre intitulée «Oui à des impôts fédéraux équitables pour les couples mariés – Pour enfin en finir avec la discrimination du mariage!».
Cette initiative suit une autre logique: elle prévoit que les revenus des époux restent additionnés pour l’impôt fédéral direct, tout en exigeant qu’ils ne soient pas fiscalement désavantagés. Selon le Conseil fédéral, même en cas d’acceptation de cette initiative, la loi sur l’imposition individuelle resterait valable. L’obligation faite aux cantons d’introduire l’imposition individuelle ne tomberait que si le Parlement modifiait à nouveau la loi et que cette modification entrait en vigueur avant 2032.
Pour les contribuables, ce chevauchement peut sembler déroutant. Pour les fiduciaires, il impose surtout une communication prudente: la réforme a un calendrier officiel, mais son environnement politique peut encore évoluer. Les conseils donnés aujourd’hui doivent donc rester conditionnels, en particulier lorsqu’ils touchent à des décisions de long terme comme la forme juridique d’une activité, l’organisation du travail dans le couple ou la stratégie de prévoyance.
La meilleure approche consiste à utiliser les prochaines années comme une période de préparation. Les couples mariés concernés peuvent déjà rassembler leurs données, identifier la part de revenu de chacun, clarifier les flux entre activité privée et professionnelle, et demander des simulations lorsque les paramètres cantonaux seront plus précis. Pour les PME, c’est aussi l’occasion de renforcer la qualité des certificats de salaire, des contrats conclus avec les proches et de la comptabilité interne.
L’imposition individuelle n’arrivera qu’en 2032, mais elle invite dès maintenant à regarder autrement la fiscalité du couple. Pour les dirigeants de PME et les indépendants, l’enjeu ne sera pas seulement de remplir deux déclarations: il sera de piloter plus finement les revenus, les charges, la prévoyance et la documentation qui relient la vie familiale à l’entreprise.
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