Août 2026: ce qui bouge pour les entreprises suisses
Le mois d’août 2026 n’apporte pas seulement des ajustements administratifs. Pour les entreprises suisses, il ouvre une séquence réglementaire qui touche directement la gestion du personnel, la prévoyance, les coûts d’exploitation et la conformité. La mesure la plus immédiatement sensible concerne la réduction de l’horaire de travail: dès le 1?? août 2026, la durée maximale de perception des indemnités RHT reste portée de 12 à 24 mois, avec une application annoncée jusqu’au 31 janvier 2027.
Pour une PME, ce type de changement ne se résume pas à une information juridique. Il modifie la manière de planifier les salaires, les liquidités et les effectifs. Et il s’inscrit dans un calendrier plus large: adaptation de l’OPP 2 liée à la 13e rente AVS, numérisation de procédures fédérales, révisions attendues en matière de transparence des personnes morales, de lutte contre le blanchiment et de protection des données dans le canton de Berne. Autrement dit: août lance une période où les directions et leurs fiduciaires ont intérêt à relire leurs processus avant que les échéances ne s’empilent.
RHT prolongée: un amortisseur pour les carnets de commandes fragiles
La réduction de l’horaire de travail, souvent appelée RHT, permet à une entreprise confrontée à une baisse temporaire d’activité de réduire le temps de travail de tout ou partie de son personnel, plutôt que de supprimer des postes. Le mécanisme vise à préserver les emplois lorsque la difficulté est conjoncturelle et que l’entreprise peut raisonnablement espérer repartir. Pour l’employeur, l’enjeu est double: limiter la charge salariale pendant une phase creuse et conserver les compétences dans l’entreprise.
Selon le dossier du SECO, le Conseil fédéral a décidé le 27 mai 2026 de maintenir la durée maximale d’indemnisation à 24 mois au lieu de 12. La mesure entre en vigueur le 1?? août 2026 et s’applique jusqu’au 31 janvier 2027. Watson, reprenant les éléments communiqués par la Confédération, indique que cette prolongation vise à préserver les emplois et à éviter une hausse du chômage dans un contexte économique toujours difficile.
Pour les dirigeants, cette prolongation offre surtout du temps. Une entreprise industrielle dont les commandes ralentissent, un sous-traitant exposé à un client majeur ou une société de services dont les mandats se décalent peuvent intégrer cette marge dans leurs scénarios de trésorerie. Mais la RHT n’est pas une simple ligne budgétaire: elle suppose une documentation rigoureuse des pertes de travail, une cohérence avec les plannings, une information correcte aux collaborateurs et un suivi précis dans la comptabilité salariale.
La fiduciaire joue ici un rôle de garde-fou. Elle peut aider à distinguer ce qui relève d’une baisse temporaire d’activité de ce qui traduit un problème structurel, à adapter les prévisions de cash-flow et à vérifier que les décomptes de salaires restent cohérents avec les heures effectivement travaillées. Dans les entreprises où les temps de travail sont suivis de manière approximative, la prolongation de la RHT ne doit pas masquer une faiblesse de contrôle interne: plus la mesure dure, plus la traçabilité devient essentielle.
13e rente AVS: l’OPP 2 corrigée avant le versement de décembre
Un autre changement entre en vigueur le 1?? août 2026: des modifications anticipées de l’ordonnance sur la prévoyance professionnelle vieillesse, survivants et invalidité, l’OPP 2. D’après Watson, l’objectif est d’éviter des difficultés lors du premier versement de la 13e rente AVS, prévu en décembre 2026.
Le sujet peut sembler éloigné de la gestion quotidienne d’une PME. Il touche pourtant à un domaine sensible: la coordination entre l’AVS et la prévoyance professionnelle. Jusqu’ici, la règle citée par Watson prévoit que les rentes de la caisse de pension et de l’AVS ne doivent pas dépasser ensemble 85% du dernier salaire AVS. Sans adaptation, l’intégration de la 13e rente AVS pourrait conduire certains bénéficiaires à franchir ce seuil et donc à subir une réduction de prestations de la caisse de pension. Selon le Conseil fédéral, l’ajustement vise précisément à éviter cet effet.
Pour un employeur, l’impact opérationnel dépendra de sa situation: effectif proche de la retraite, anciens collaborateurs concernés par des prestations, caisse de pension affiliée, communications reçues de l’institution de prévoyance. Il ne s’agit pas de recalculer soi-même des rentes, mais de s’assurer que les informations transmises aux salariés sont prudentes et que les questions individuelles sont redirigées vers la caisse de pension ou un conseiller compétent.
Les PME qui gèrent beaucoup de situations RH particulières, comme des retraites partielles, des départs progressifs ou des collaborateurs âgés avec des plans de prévoyance spécifiques, devraient suivre attentivement les communications de leur institution de prévoyance. Côté comptabilité, l’enjeu consiste surtout à éviter les mauvaises interprétations dans les échanges avec les employés: l’AVS, la LPP et le contrat de travail répondent à des logiques différentes, même si elles se croisent au moment de la retraite.
Numérisation des naturalisations: un signal pour les RH
À compter du 1?? août 2026, les procédures relatives aux demandes de naturalisation ordinaire seront numérisées dans les échanges entre les autorités cantonales compétentes et le Secrétariat d’État aux migrations, selon les informations rapportées par Watson. L’objectif annoncé est d’améliorer les transmissions entre autorités, en remplaçant l’envoi postal par une voie numérique.
Pour les entreprises, l’effet est indirect, mais pas inexistant. Les services RH sont souvent sollicités par des collaborateurs étrangers pour des attestations d’emploi, des confirmations de salaire ou des documents administratifs. La numérisation des flux entre autorités rappelle une évolution plus large: les justificatifs fournis par les employeurs doivent être exacts, datés, cohérents avec la comptabilité salariale et conservés de manière organisée.
Une PME n’a pas à se transformer en spécialiste du droit de la nationalité. En revanche, elle a intérêt à standardiser ses attestations, à définir qui peut les signer et à s’assurer que les informations remises ne contredisent pas les certificats de salaire ou les données déclarées aux assurances sociales. Dans un environnement administratif de plus en plus numérique, les incohérences se repèrent plus facilement.
Factures télécoms: petites hausses, vrai sujet de contrôle des coûts
Tous les changements d’août ne sont pas des lois. Mais certains ajustements commerciaux ont un impact très concret sur les frais généraux. Watson indique qu’à partir du 1?? août, Sunrise augmente les tarifs de ses abonnements de téléphonie mobile et d’Internet pour les particuliers et les professionnels: le forfait mensuel progresse de 1,50 franc par abonnement, et de 0,75 franc par abonnement supplémentaire pour les offres multiples ou combinées. Les marques Yallo et Lebara sont également concernées par des hausses allant de 0,50 à 2,00 francs selon l’abonnement mobile, l’ajustement étant de 1,00 franc pour la plupart des abonnements. Les marques secondaires Swype et Chmobile, ainsi que certaines offres spécifiques destinées aux clients professionnels, ne sont pas concernées selon la même source.
Pour une entreprise avec quelques lignes mobiles, l’effet peut paraître marginal. Pour une PME multi-sites, une force de vente équipée, un service de piquet ou une flotte de tablettes connectées, ces petits montants deviennent un poste à contrôler. La bonne question n’est pas seulement de savoir si la hausse est acceptable, mais si les abonnements correspondent encore aux usages réels: lignes inactives, options oubliées, doublons entre forfaits privés remboursés et abonnements d’entreprise, appareils payés par acomptes.
La fiduciaire peut profiter du bouclement intermédiaire ou de la préparation budgétaire pour isoler les frais de télécommunication, comparer les factures récurrentes et vérifier le traitement comptable des abonnements pris en charge par l’entreprise. Dans certains cas, la question touche aussi aux politiques internes: ce qui est payé par l’employeur, ce qui relève d’un usage privé et ce qui doit être documenté pour éviter les discussions lors d’un contrôle ou d’un départ de collaborateur.
Septembre et octobre se préparent déjà en août
Le calendrier ne s’arrête pas au 1?? août. Le dossier de recherche mentionne deux échéances qui méritent d’être anticipées. Dans le canton de Berne, la révision de la loi cantonale sur la protection des données et l’ordonnance cantonale correspondante doivent entrer en vigueur le 1?? septembre 2026. Les entités opérant dans le canton devront donc examiner leurs pratiques de traitement des données, notamment lorsqu’elles manipulent des informations relatives aux collaborateurs, aux clients, aux fournisseurs ou à des mandats sensibles.
La protection des données n’est plus un sujet réservé aux grandes organisations. Une PME conserve des dossiers du personnel, échange des fichiers avec sa fiduciaire, utilise des logiciels cloud, mandate des prestataires informatiques et archive des pièces comptables. Chaque flux soulève des questions pratiques: qui a accès à quoi, pendant combien de temps, avec quelle sécurité, et sur quelle base les données sont transmises. Les entreprises actives dans plusieurs cantons doivent en outre rester attentives aux différences cantonales, en particulier lorsqu’elles travaillent avec des organismes publics ou parapublics.
Autre échéance: le Conseil fédéral a fixé au 1?? octobre 2026 l’entrée en vigueur de la révision de la loi sur le blanchiment d’argent et de la loi sur la transparence des personnes morales. Le dossier indique que cette dernière introduit un registre de transparence pour les ayants droit économiques des entités juridiques, tandis que la révision de la LBA renforce les obligations de diligence pour certaines activités de conseil considérées comme à haut risque.
Pour les PME, le mot clé est identification. Qui contrôle réellement la société? Qui détient les droits économiques? Les documents au registre du commerce, les conventions d’actionnaires, les organigrammes internes et les informations utilisées par les banques racontent-ils la même histoire? Les fiduciaires, avocats, conseillers et prestataires impliqués dans des structurations devront suivre de près le périmètre exact des nouvelles obligations. Pour les sociétés clientes, il sera prudent de réunir à l’avance les pièces de base sur l’actionnariat et le contrôle effectif, sans attendre une demande urgente d’une banque, d’un partenaire ou d’un mandataire.
Août 2026 impose un mini-audit administratif
La réponse la plus efficace n’est pas de traiter chaque nouveauté séparément. Pour une PME, août 2026 peut servir de déclencheur à un mini-audit administratif: vérifier les dossiers RHT en cours ou potentiels, relire les communications de la caisse de pension, contrôler les factures télécoms, cartographier les données sensibles et clarifier les ayants droit économiques. Ce travail n’a pas besoin d’être lourd, mais il doit être documenté.
Un dirigeant devrait aussi éviter deux pièges. Le premier consiste à considérer ces changements comme de simples informations fédérales ou cantonales sans incidence sur l’entreprise. Le second serait de tirer des conclusions automatiques: la RHT, la prévoyance, la protection des données et la transparence des personnes morales dépendent toujours de la situation concrète, du canton, de la structure juridique, des contrats et des pratiques internes.
Dans une période où la réglementation évolue par touches successives, l’avantage revient aux entreprises qui transforment le calendrier légal en calendrier de gestion. Août n’est donc pas seulement un mois de transition: c’est le bon moment pour aligner RH, comptabilité, contrats et conformité avant les prochaines échéances.
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