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Impôts vaudois: ce que le vote des 12% changerait

Tax Manager · Fiduciaire Lausanne

Impôts vaudois: ce que le vote des 12% changerait

Le canton de Vaud se prépare à un vote fiscal très suivi. Le 27 septembre 2026, les citoyennes et citoyens devront se prononcer sur l’initiative populaire « Baisse d’impôts pour tous – Redonner du pouvoir d’achat à la classe moyenne », souvent résumée par une formule simple: l’« initiative des 12% ». Le texte demande une réduction de 12% de l’impôt cantonal sur le revenu et de l’impôt cantonal sur la fortune des personnes physiques, avec une entrée en vigueur prévue dès la période fiscale 2027 en cas d’acceptation.

Pour les ménages, les indépendants et les dirigeants de PME domiciliés dans le canton, l’enjeu est immédiat: une baisse de la facture fiscale cantonale peut améliorer le revenu disponible. Mais pour les entreprises, le débat ne s’arrête pas au montant économisé sur une déclaration privée. La question touche aussi la qualité des prestations publiques, les relations financières entre canton et communes, la pression possible sur les budgets locaux et, indirectement, l’environnement dans lequel une PME recrute, investit et fixe ses prix.

Une baisse ciblée sur la part cantonale, pas sur toute la facture

Le premier point à clarifier est essentiel pour éviter les malentendus: les 12% annoncés ne s’appliqueraient pas à l’ensemble des impôts payés par une personne physique. Selon les éléments publiés par France 3 Régions, l’initiative porte sur l’impôt cantonal sur le revenu et sur l’impôt cantonal sur la fortune. Elle ne prévoit pas de réduction des impôts communaux. Les communes conserveraient donc leur coefficient fiscal et les recettes directement liées à leur propre fiscalité.

Concrètement, un contribuable vaudois ne doit pas lire ce projet comme une baisse uniforme de 12% de tous ses impôts. La facture fiscale d’une personne physique comprend plusieurs composantes. La part cantonale est l’une d’elles; la part communale en est une autre. Selon la commune de domicile, le poids relatif de chacune peut varier dans la charge globale. Pour un indépendant, un actionnaire-dirigeant ou un associé de société de personnes, l’effet réel dépendrait donc de sa situation personnelle: revenu imposable, fortune imposable, commune de domicile, déductions disponibles et structure de rémunération.

Cette distinction est particulièrement importante pour les patrons de PME qui mélangent parfois, dans leur appréciation économique, fiscalité privée et fiscalité de l’entreprise. L’initiative concerne les personnes physiques, et non une baisse directe de l’imposition des bénéfices des sociétés. Elle peut toutefois toucher les entrepreneurs à travers leur taxation personnelle: salaire, dividendes, fortune privée, parts de société, immobilier détenu à titre privé ou encore revenu d’une activité indépendante. Une fiduciaire devra donc analyser l’impact au cas par cas plutôt que raisonner à partir du seul slogan des 12%.

Le pouvoir d’achat au cœur de la campagne

Les initiants défendent le texte comme un moyen de redonner du pouvoir d’achat aux contribuables vaudois. L’initiative a été déposée en avril 2023 et a réuni 28 486 signatures valables, alors que 12 000 étaient nécessaires pour aboutir, selon France 3 Régions. Elle bénéficie du soutien d’une large partie de la droite locale, notamment le PLR, l’UDC et les Vert’libéraux, ainsi que de milieux économiques.

Le message politique est clair: alléger la pression fiscale pour que les ménages conservent une plus grande part de leur revenu. Dans une PME, cet argument peut parler aux employeurs comme aux collaborateurs. Lorsque les charges personnelles augmentent ou que le revenu disponible se tend, les discussions salariales deviennent plus sensibles. Une baisse d’impôt sur le revenu peut contribuer à desserrer cette pression du côté des employés, même si elle ne remplace ni une politique salariale cohérente ni une analyse du coût complet du personnel.

Pour un indépendant, l’enjeu peut être encore plus direct. Le revenu professionnel est souvent imposé au niveau de la personne physique, et non dans une société distincte. Une diminution de l’impôt cantonal sur le revenu pourrait améliorer la trésorerie privée disponible, faciliter certains arbitrages ou offrir un peu d’air dans une période où les coûts d’exploitation pèsent sur les marges. Mais là encore, l’effet dépendra de la structure du revenu, des charges déductibles et de la situation familiale.

Il faut aussi rappeler qu’une baisse d’impôt n’a pas le même impact selon que le contribuable paie beaucoup, peu ou pas d’impôt cantonal. Plus la charge imposable est élevée, plus le gain absolu peut être visible. C’est l’un des points contestés par les opposants, qui dénoncent une mesure jugée inégalitaire et dangereuse pour les prestations publiques, selon les positions relayées par France 3 Régions à partir de la RTS.

Un canton déjà engagé dans un plan fiscal plus large

Le débat vaudois ne se déroule pas dans le vide. Le Conseil d’État a déjà engagé un plan dit « pouvoir d’achat », représentant environ 345 millions de francs de mesures, selon France 3 Régions. Ce paquet comprend des réductions de l’impôt sur le revenu, mais aussi des mesures touchant notamment les primes d’assurance-maladie, les frais de garde, les successions et donations ainsi que la fortune immobilière.

C’est ici que le débat devient plus complexe pour les entreprises et leurs conseillers. Les autorités cantonales soutiennent que les mesures déjà adoptées permettent d’aider les contribuables de manière plus ciblée, tout en préservant davantage les finances publiques. Les partisans de l’initiative estiment au contraire que ces baisses ne suffisent pas face à la pression fiscale ressentie par les Vaudois.

Pour une PME, la différence entre une baisse générale et des mesures ciblées n’est pas théorique. Des aides liées aux frais de garde, par exemple, peuvent influencer la disponibilité au travail de certains parents. Des mesures sur les primes d’assurance-maladie peuvent jouer sur le revenu disponible des ménages. Des adaptations concernant la fortune immobilière ou les successions peuvent avoir une incidence sur la planification patrimoniale d’un entrepreneur, en particulier lorsqu’un immeuble ou une entreprise familiale entre dans le patrimoine privé.

La fiscalité ne se résume donc pas à une ligne dans une déclaration. Elle façonne des décisions de vie et d’entreprise: se verser un salaire ou un dividende lorsque la structure le permet, réinvestir dans son activité, transmettre un patrimoine, embaucher, rester dans le canton ou comparer plusieurs lieux d’établissement. Il serait toutefois imprudent de tirer des conclusions automatiques avant le vote et avant de connaître les modalités d’application définitives si l’initiative était acceptée.

272 millions de recettes en moins: pourquoi les communes s’inquiètent

Selon les estimations actuelles du Conseil d’État citées par France 3 Régions, l’acceptation de l’initiative entraînerait une perte supplémentaire de 272 millions de francs de recettes fiscales chaque année, en tenant compte des réductions d’impôts déjà prévues par le gouvernement. Avec les mesures du plan « pouvoir d’achat », l’allègement fiscal cumulé atteindrait 617 millions de francs par rapport à la situation antérieure.

Ces montants expliquent la prudence des autorités. Le Conseil d’État travaille à un plan visant à rétablir l’équilibre des finances cantonales à l’horizon 2030. Certaines orientations de ce plan dépendent de l’issue du vote, car les marges de manœuvre budgétaires ne seraient pas les mêmes selon le résultat. Le Conseil d’État et le Grand Conseil recommandent de refuser l’initiative.

L’Union des communes vaudoises appelle également à voter non. Elle craint qu’une nouvelle diminution de 272 millions de francs ne fragilise les relations financières entre canton et communes. L’organisation rappelle que plusieurs accords ont été conclus ces dernières années pour rééquilibrer ces relations. Son inquiétude porte sur un scénario bien connu en finances publiques: si le canton dispose de moins de recettes, certaines charges pourraient être reportées vers les communes. Celles-ci pourraient alors devoir réduire certaines prestations ou augmenter leur propre fiscalité, selon l’analyse rapportée par France 3 Régions.

Pour les PME, cet aspect communal mérite une vraie attention. Une entreprise vit dans un territoire concret: elle dépend de routes, de transports, d’autorisations, d’écoles qui attirent des familles, de structures d’accueil, de sécurité, de formation et d’un tissu administratif capable de répondre dans des délais raisonnables. Si des tensions financières apparaissent au niveau communal, elles peuvent se traduire par des choix budgétaires qui touchent indirectement l’économie locale.

Il ne s’agit pas d’affirmer que ces effets se produiraient automatiquement. Mais un dirigeant devrait éviter de ne regarder que le gain fiscal privé immédiat. Une baisse cantonale peut être partiellement neutralisée, à terme, si d’autres collectivités adaptent leurs prestations ou leur fiscalité. C’est précisément l’un des points de friction du débat actuel.

Ce qu’une fiduciaire devrait préparer avant 2027

À ce stade, aucune PME vaudoise ne devrait modifier sa planification sur la base d’un résultat encore inconnu. En revanche, le vote justifie de préparer des scénarios. Pour les indépendants et les dirigeants imposés comme personnes physiques dans le canton de Vaud, une fiduciaire peut déjà identifier les dossiers sensibles: contribuables fortement imposés au niveau cantonal, détenteurs de fortune imposable, entrepreneurs proches d’une transmission, propriétaires immobiliers ou personnes dont la rémunération combine plusieurs formes de revenus.

La bonne approche consiste à distinguer trois niveaux. D’abord, l’impact privé: combien la part cantonale de l’impôt sur le revenu et de l’impôt sur la fortune représente-t-elle dans la charge totale? Ensuite, l’impact d’entreprise: une amélioration de trésorerie privée peut-elle influencer un apport, un remboursement de compte courant, une décision d’investissement ou la capacité à supporter une période plus difficile? Enfin, l’impact territorial: la commune de domicile ou d’établissement pourrait-elle être affectée par de futurs arbitrages budgétaires?

Les employeurs devraient aussi suivre le débat sous l’angle RH. Un changement fiscal peut influencer la perception du salaire net, même si l’employeur ne maîtrise pas la taxation privée de ses collaborateurs. Dans un marché du travail tendu, la compréhension du revenu disponible devient un élément de discussion. Il faut toutefois rester prudent: la fiscalité personnelle dépend de situations individuelles, et une entreprise ne doit pas transformer une hypothèse politique en promesse salariale.

Sur le plan comptable et fiscal, la priorité reste la qualité des données. Une projection utile suppose des taxations à jour, une vision claire des revenus, de la fortune, des dettes, des déductions et de la commune concernée. Si l’initiative est acceptée, il faudra attendre les précisions d’application et vérifier comment les logiciels fiscaux, les acomptes et la planification des paiements seront adaptés pour la période fiscale 2027.

Le vote du 27 septembre 2026 dépasse donc la question d’un pourcentage séduisant. Il oppose deux lectures de la compétitivité fiscale: l’une mise sur un allègement large pour renforcer le pouvoir d’achat, l’autre redoute un affaiblissement des finances publiques et des effets de report vers les communes. Pour les PME vaudoises, la réponse ne se trouvera pas dans un slogan, mais dans une analyse fine: gain fiscal potentiel, stabilité du cadre local, besoins de main-d’œuvre, trésorerie et capacité d’investissement. C’est sur ce terrain concret que le débat des 12% mérite d’être suivi.

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