Le compte de résultat : l’outil incontournable de toute entreprise
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Le compte de résultat : l’outil incontournable de toute entreprise

Tax Manager · Fiduciaire Lausanne – Genève

Le compte de résultat : l’outil incontournable de toute entreprise

Section 1

Qu'est-ce que la comptabilité ?

Définition légale — Art. 957a CO

La comptabilité constitue la base de l'établissement des comptes. Elle enregistre les transactions (flux résultant des opérations économiques de l'entreprise) et les autres faits nécessaires à la présentation du patrimoine, de la situation financière et des résultats de l'entreprise.

La comptabilité est bien plus qu'une simple obligation légale : c'est un outil stratégique d'aide à la décision, tant pour les gestionnaires internes de l'entreprise que pour les acteurs économiques externes qui gravitent autour d'elle.

Elle peut être comparée à une photographie financière régulière de l'entreprise : à chaque clôture d'exercice, elle fige la situation patrimoniale et révèle le résultat généré au cours de la période.

À retenir : L'exercice comptable correspond généralement à l'année civile (1er janvier → 31 décembre). La comptabilité enregistre toutes les opérations économiques de cette période.

Section 2

Les parties prenantes de la comptabilité

La comptabilité produit de l'information financière qui intéresse de nombreux acteurs, avec des motivations différentes. On distingue deux grandes catégories.

Les gestionnaires de l'entreprise

Ils utilisent l'information comptable pour prendre des décisions à différents horizons temporels :

Long terme

Décision stratégique

Engage l'entreprise sur une longue période

Ex. : agrandir un atelier de production pour faire face à l'augmentation des ventes

Moyen terme (2–3 ans)

Décision tactique

Planification à moyen terme

Ex. : obtenir un prêt pour financer l'agrandissement de l'atelier de production

Court terme (< 2 ans)

Décision opérationnelle

Gestion courante de l'activité

Ex. : changer de fournisseurs de matières premières

Les utilisateurs externes

De nombreux tiers ont besoin d'accéder aux informations financières de l'entreprise pour des raisons spécifiques :

Partenaires financiers

Les créanciers

Fournisseurs, banquiers, autres créanciers — intéressés à la solvabilité de l'entreprise pour s'assurer d'être remboursés.

Capital investi

Les propriétaires non gestionnaires

Actionnaires, commanditaires — intéressés au rendement du capital investi et à la capacité bénéficiaire de l'entreprise.

Obligations légales

Les administrations fiscales

Cantonales et fédérales — la comptabilité sert de base à la déclaration d'impôt et au décompte TVA.

Employés

Le personnel

Intéressé à la rentabilité et à la stabilité financière pour le maintien de l'emploi, et à la capacité bénéficiaire en cas de participation aux bénéfices.

Section 3

Les domaines de la comptabilité

La comptabilité n'est pas un domaine unique. Elle se décline en plusieurs spécialités complémentaires, dont deux constituent le cœur du métier comptable.

Domaine principal

Comptabilité générale

Enregistre les opérations de l'entreprise avec ses partenaires (fournisseurs, clients, apporteurs de capitaux, État, personnel). Elle établit le bilan et le compte de résultat. C'est l'objet central de ce manuel.

Domaine principal

Comptabilité analytique d'exploitation

Reprend les éléments de la comptabilité générale pour les analyser. Permet de calculer les prix de revient, de déterminer les résultats par secteur d'activité et par produit.

Domaine complémentaire

Analyse financière

Étudie la situation économique et financière d'une entreprise en la comparant à d'autres. Recourt notamment à des calculs de ratios pour diagnostiquer d'éventuels problèmes.

Domaine complémentaire

Tableau des flux de trésorerie

Établi sur la base des comptes annuels, montre les montants d'argent liquide encaissés ou décaissés durant un exercice. La gestion des liquidités revêt une importance capitale pour l'entreprise.

Domaine complémentaire

Gestion budgétaire

Permet à l'entreprise de faire des prévisions, puis de comparer les réalisations avec celles-ci afin de les expliquer et d'améliorer le fonctionnement de l'entreprise.

Section 4

La normalisation comptable

Pour permettre des échanges fiables entre l'entreprise et les autres acteurs économiques concernés par son activité, la comptabilité repose sur des règles et des conventions. Cette harmonisation comptable porte le nom de normalisation comptable.

Le droit comptable suisse

Ancrage légal

Le droit comptable suisse, réparti sur 29 articles, est ancré dans les articles 957 et suivants du Code des obligations (CO). Il s'applique à toutes les entreprises, associations et fondations sous réserve de dispositions particulières.

Le droit suisse se démarque par une approche indépendante de la forme juridique : toutes les entreprises individuelles, les sociétés de personnes et les personnes morales sont en principe obligées de tenir une comptabilité.

Qui est obligé de tenir une comptabilité ?

Doivent tenir une comptabilité et présenter des comptes conformes au CO (art. 957) :

Type d'entité Condition Obligation
Entreprises individuelles et sociétés de personnes Chiffre d'affaires > CHF 500'000 ? Comptabilité complète
Personnes morales (SA, Sàrl, coopératives…) Sans condition de CA ? Comptabilité complète
Entreprises individuelles et sociétés de personnes Chiffre d'affaires ≤ CHF 500'000 Comptabilité simplifiée (recettes/dépenses)

Note : La loi apporte des allégements en matière de présentation des comptes aux PME. Cependant, selon leur taille et leur importance, certaines entreprises doivent répondre à des exigences supplémentaires (contrôle ordinaire, rapport annuel détaillé, etc.).

Normes internationales

La Suisse dispose de ses propres normes comptables. Cependant, pour tenir compte de la globalisation économique et financière, des normes comptables internationales sont apparues afin d'harmoniser les règles et d'uniformiser les documents comptables. Ces normes s'appliquent principalement aux grandes entreprises cotées en Bourse.

Section 5

L'inventaire

Avant d'établir un bilan, l'entreprise doit dresser un inventaire, c'est-à-dire recenser et évaluer l'ensemble de son patrimoine.

Définitions essentielles

Patrimoine (capitaux engagés) : l'ensemble des biens dont l'entreprise est propriétaire — monnaie, créances, stocks, biens d'équipement.

Dettes (capitaux étrangers) : l'ensemble des engagements résultant de l'apport de capitaux par des tiers.

Valeur patrimoniale nette : ce qui resterait au propriétaire si l'entreprise vendait tous ses biens pour rembourser ses dettes.

Formule fondamentale Biens (capitaux engagés) − Dettes (capitaux étrangers) = Patrimoine net (capitaux propres)

Exemple d'inventaire — Entreprise D. Perroud, Constructions mécaniques (au 31.12.N)

Élément du patrimoine Détail Montant (CHF)
BIENS (capitaux engagés)  
Trésorerie Espèces en caisse 20'000
Trésorerie Extrait journalier La Poste 30'000
Créances Factures clients impayées 120'000
Stocks Stock de matières (acier, laiton, argent) 100'000
Stocks Stock de produits finis (fraiseuses, meuleuses) 70'000
Immobilisations Machines et appareils de production 230'000
Immobilisations Installations informatiques 20'000
Immobilisations Véhicules 80'000
Immobilisations Outillage 10'000
Immobilisations Bâtiment d'exploitation 800'000
Total des biens 1'480'000
DETTES (capitaux étrangers)  
Dettes court terme Factures fournisseurs non réglées 140'000
Dettes court terme Compte courant débiteur à la BCV 130'000
Dettes court terme Décompte TVA 10'000
Dettes long terme Emprunt hypothécaire auprès de la BCV 500'000
Total des dettes 780'000
= Patrimoine net (capitaux propres) 700'000

Section 6

Le bilan

Le bilan est un tableau qui résume les renseignements obtenus par l'inventaire. Les éléments du patrimoine donnent naissance à divers postes au bilan. Il peut être comparé à une photo reflétant le patrimoine et la situation financière de l'entreprise à un moment donné.

Par convention :

  • La partie gauche est appelée ACTIF (composition du patrimoine = emplois)
  • La partie droite est appelée PASSIF (origine du patrimoine = ressources)

Équation fondamentale du bilan ACTIFS = PASSIFS

Biens = Dettes (capitaux étrangers) + Capitaux propres

L'étymologie du mot bilan vient de l'italien bilancio, qui signifie « balance ». Les actifs et les passifs composant le bilan sont modifiés aussi bien dans leur nature que dans leur montant selon les opérations effectuées par l'entreprise au cours de l'exercice comptable.

Rappel : L'endettement constitue une source de financement. S'endetter, c'est financer ses actifs avec l'argent des autres.

Section 7

Le bilan initial

1er janvier

Bilan initial

Donne la situation financière au début du nouvel exercice. Les ACTIFS sont toujours égaux aux PASSIFS.

Exercice comptable

Transactions en cours

La situation financière se modifie : achat de biens, variation des créances, des dettes, des capitaux propres, amortissements, etc.

31 décembre

Bilan final

Présente la nouvelle situation financière et dégage le résultat (bénéfice ou perte) de l'exercice.

Le bilan initial d'un exercice correspond au bilan final de l'exercice précédent. Ainsi, la situation financière à la fin de l'exercice N correspond à celle du début de l'exercice N+1.

BILAN INITIAL

Entreprise D. Perroud, construction mécanique, au 1.1.N+1

ACTIF — Emplois (composition)

Caisse20'000

Poste30'000

Clients120'000

Stock de matières100'000

Stock de produits finis70'000

Machines et appareils230'000

Informatique20'000

Véhicules80'000

Outillage10'000

Bâtiment d'exploitation800'000

TOTAL ACTIF1'480'000

PASSIF — Ressources (origine)

Fournisseurs140'000

Banque130'000

Décompte TVA10'000

Hypothèque500'000

Capital initial700'000

TOTAL PASSIF1'480'000

Règle fondamentale : Dans un bilan initial, les ACTIFS sont toujours égaux aux PASSIFS. L'actif décrit la composition des capitaux engagés (emplois) ; le passif décrit leur origine (ressources).

Section 8

Le bilan final

Au 31 décembre, l'entreprise établit son bilan final. Du fait de son activité au cours de l'exercice, la situation financière a évolué :

  • À l'actif : la trésorerie (caisse, poste) a augmenté, de même que les créances sur les clients et les stocks ; en revanche, les biens d'équipement et les bâtiments ont diminué (amortissements).
  • Au passif : de nouvelles dettes ont été contractées vis-à-vis des fournisseurs et de la banque ; une partie du décompte TVA et de l'emprunt hypothécaire a été remboursée.

Le bilan final avant affectation du résultat

Une différence apparaît entre le total des actifs et le total des passifs. Cette différence représente le résultat de l'exercice, qui équilibre le bilan.

BILAN FINAL — AVANT AFFECTATION DU RÉSULTAT

Entreprise D. Perroud, construction mécanique, au 31.12.N+1

ACTIF

Caisse40'000

Poste80'000

Clients170'000

Stock de matières120'000

Stock de produits finis150'000

Machines et appareils200'000

Informatique15'000

Véhicules70'000

Outillage5'000

Bâtiment d'exploitation800'000

TOTAL ACTIF1'650'000

PASSIF

Fournisseurs—

Banque—

Décompte TVA—

Hypothèque—

Capital initial700'000

Bénéfice de l'exercice80'000

TOTAL PASSIF1'650'000

Formule du bilan final ACTIFS − PASSIFS = RÉSULTAT

Si ACTIFS > PASSIFS → BÉNÉFICE  |  Si ACTIFS < PASSIFS → PERTE

Le bilan final après affectation du bénéfice

Le bénéfice appartient au propriétaire. Celui-ci peut décider de le laisser dans l'entreprise (augmentation des capitaux propres) ou de le prélever sur la trésorerie. Si le bénéfice est laissé dans l'entreprise, le capital final est de :

Capital initial 700'000 + Bénéfice 80'000 = Capital final 780'000

BILAN FINAL — APRÈS AFFECTATION DU RÉSULTAT

Entreprise D. Perroud, construction mécanique, au 31.12.N+1

ACTIF

Caisse40'000

Poste80'000

Clients170'000

Stock de matières120'000

Stock de produits finis150'000

Machines et appareils200'000

Informatique15'000

Véhicules70'000

Outillage5'000

Bâtiment d'exploitation800'000

TOTAL ACTIF1'650'000

PASSIF

Fournisseurs195'000

Banque180'000

Décompte TVA5'000

Hypothèque490'000

Capital final (700'000 + 80'000)780'000

TOTAL PASSIF1'650'000

Règle fondamentale : Dans un bilan final après affectation du résultat, les ACTIFS sont toujours égaux aux PASSIFS. Le résultat a été intégré aux capitaux propres.

Section 9

Le classement des postes du bilan

Les postes du bilan ne sont pas disposés dans un ordre quelconque, mais font l'objet d'un classement précis aussi bien à l'actif qu'au passif (art. 959a CO) :

  • Les actifs sont classés par ordre de liquidité décroissante : aptitude décroissante à se transformer en argent liquide.
  • Les passifs sont classés par ordre d'exigibilité décroissante : urgence décroissante du règlement.

ACTIF — par liquidité décroissante

Liquidités (caisse, poste, banque) Très liquide

Créances à court terme (clients) Court terme

Stocks (matières, produits finis) Court terme

Compte de régularisation actif Court terme

Immobilisations financières Long terme

Immobilisations corporelles (machines, bâtiment…) Long terme

Valeurs incorporelles (brevets, marques…) Long terme

PASSIF — par exigibilité décroissante

Dettes L&P à court terme Exigible CT

Dettes portant intérêt à court terme Exigible CT

Autres engagements à court terme (TVA…) Exigible CT

Compte de régularisation passif Exigible CT

Dettes à long terme portant intérêt (hypothèque) Exigible LT

Provisions Exigible LT

Fonds propres / Capital propre Capitaux propres

Section 10

La structure minimale du bilan selon le CO

Le Code des obligations impose une structure minimale du bilan. Le bilan doit comporter dans l'ordre prescrit au moins les titres et postes suivants :

ACTIFS PASSIFS
Actif circulant vs Capitaux étrangers à court terme
Actif circulant :
– Liquidités et actifs à court terme avec cours boursiers
– Créances L&P
– Autres créances à court terme
– Stocks et prestations non facturées
– Compte de régularisation actif
Capitaux étrangers à court terme :
– Dettes L&P
– Dettes à court terme portant intérêt
– Autres engagements à court terme
– Compte de régularisation passif
Actif immobilisé vs Capitaux étrangers à long terme
Actif immobilisé :
– Immobilisations financières
– Participations
– Immobilisations corporelles
– Valeurs incorporelles
Capitaux étrangers à long terme :
– Dettes à long terme portant intérêt
– Autres dettes à long terme
– Provisions

Fonds propres / Capital propre :
– Capital social
– Réserves légales
– Bénéfice/Perte de l'exercice

Présentation en forme de liste : La compensation des actifs et des capitaux étrangers permet de présenter des totaux intermédiaires, p. ex. : Actif circulant − Fonds étrangers à court terme = Actif circulant net + Actif immobilisé − Fonds étrangers à long terme = Fonds propres.

Article pédagogique · Introduction à la comptabilité · Droit suisse (CO) · Chapitres 2 et 3

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